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lundi 6 novembre 2017

Japon, voyage imaginaire

Nicolas de Crécy cite Fernando Pessoa à propos de la démarche de son carnet de voyage imaginaire à Lisbonne: "A quoi bon voyager ? Pour voyager il suffit d'exister". 

De retour de Lisbonne, il confia une quarantaine d'aquarelle à l'écrivain Raphaël Meltz qui s'en inspira pour construire un récit de voyage de 4 jours. Une expérience qui prend à rebours le traditionnel carnet de voyage en utilisant la puissance de l'imagination plutôt que l'entassement des preuves du réel. 

Je jubile en découvrant l'existence de ce travail, et je ne peux m'empêcher de reprendre Pessoa à mon compte, tant mon voyage au Japon lui semble lié:


"Voyager? Pour voyager il suffit d'exister.
Je vais d'un jour à l'autre comme d'une gare à l'autre, dans le train de mon corps ou de ma destinée, penché sur les rues et les places, sur les visages et les gestes, toujours semblables toujours différents, comme, du reste, le sont les paysages.
Si j'imagine, je vois. Que fais-je de plus en voyageant? Seule une extrême faiblesse de l'imagination peut justifier que l'on ait à se déplacer pour sentir. (...) C'est en nous que les paysages trouvent un paysage. C'est pourquoi, si je les imagine, je les crée, ils existent; s'ils existent, je les vois tout comme je vois les autres. A quoi bon voyager?"
(...)
Les voyages, ce sont les voyageurs eux-mêmes."

Fernando Pessoa, Le livre de l'intranquilité, 1913-1935


Une autre vue de ce fabuleux jardin de seuil à Osaka.


dimanche 28 mai 2017

Temple Shinto Ikuta

Retour obligé à Kobe, après une visite décevante de Nara. Remplie de chichis et de souvenirs, cette ville historique m'a laissé froid. Kobe possède en son cœur un joyau qui m'obsède par contre. Observé lors d'un survol, il s'agit d'un bosquet d'arbres centenaires qui semble se débattre entre les tours.


Ce bosquet est la survivance de la forêt contre laquelle fut bâti le temple Shinto d'Ikuta en 201 par l'impératrice Jingu. Les arbres sont devenus sacrés et la ville de Kobe a grandi autour de ce tabou.

  
On ne sait pas bien si c'est le béton qui menace les feuilles, où si le bosquet est un cancer vert qui ronge la ville. On pense à toute l'amoralité de la confrontation, que Miyazaki a si souvent mis en scène dans ses films .


Impossible de s'approcher suffisamment pour savoir de quels arbres il s'agit. On les imagine centenaires, leur houppier une couverture qui feutre les bruits de la ville. Des passereaux piaillant dans les branches et le cri des merles le soir, quand les réverbères s'allument.


Le fameux portail rouge qui marque l'entrée des temples Shinto est appelé Tori (鳥居). Wikipédia m'apprend que, du fait de sa fonction de séparation symbolique du monde physique et du monde spirituel, chaque torii traversé lors de l’accès à un sanctuaire doit être retraversé dans l’autre sens afin de revenir dans le monde matériel. Il n’est pas rare de voir des Japonais contourner un torii lorsqu’ils pensent ne pas repasser plus tard par cet endroit.

C'est chanmé le Japon.